Appropriation de la lagune par les Aïzi : patrimonialité et mythe de la domanialité des génies, du XVIIIème siècle à 1930
Résumé
Les Aïzi de Côte d’Ivoire se localisent dans le bassin occidental de la lagune Ébrié. Au plan économique, ils se caractérisent par la prépondérance de leurs activités halieutiques. Le système de gestion de leur patrimoine lagunaire connait une brutale alternance de domanialité imposée par l’autorité coloniale française. Dès lors, l’accès à la lagune et aux ressources halieutiques ne relève plus de la domanialité mythique des génies. Comment expliquer la patrimonialité des Aïzi relativement à la lagune Ébrié et comment comprendre leur mythique domanialité des génies ? Pour répondre à cette double interrogation, notre méthodologie s’appuie essentiellement sur les travaux des chercheurs du C.R.O et de l’I.R.D ; sur la tradition orale des Aïzi et sur notre vécu puisque nous sommes originaire du pays aïzi. L’intérêt de l’étude est d’analyser la patrimonialité lagunaire des Aïzi et la domanialité mythique des génies. Ce contexte explique la prépondérance des activités halieutiques des Aïzi et surtout qu’ils aient été considérés, à l’époque précoloniale, comme les « maîtres de la lagune ». Cette étude valorise aussi un pan de la civilisation de ce peuple, voire africaine. Il ressort de nos analyses que depuis leur installation au XVIIIe siècle, les Aïzi s’approprient en "maîtres" la lagune Ébrié, "leur" lagune, leur patrimoine, sous la bienveillance domaniale exclusive des génies. Les pêcheries qui barraient de part en part cette lagune, sont les marques tangibles de cette appropriation à laquelle la colonisation met brutalement fin avant la moitié du XXe siècle, notamment en 1930.