État de droit et démocratie cosmopolitique : critiques décoloniales et défis de l’intégration africaine
Abstract
Dans un contexte marqué par la mondialisation néolibérale, la fragmentation des souverainetés étatiques, les vulnérabilités sécuritaires et écologiques ainsi que les nouvelles formes de dépendance économique, les paradigmes classiques d’État de droit et de démocratie cosmopolitique apparaissent à la fois comme nécessaires et insuffisants. Nécessaires, parce qu’ils proposent des mécanismes juridico-institutionnels capables de transcender les réductionnismes nationalistes et promouvoir une gouvernance supranationale fondée sur les droits humains, la participation démocratique et la coopération régionale. Insuffisants, parce qu’ils demeurent largement structurés par un universalisme occidentalocentré qui fait abstraction des expériences historiques de l’esclavage, de la colonisation, du néocolonialisme, ainsi que la marginalisation des peuples du Sud. Dans une approche analytique et critique, et en prenant à témoin le tournant global des sciences humaines et sociales, en lien avec les mutations de la pensée décoloniale, cette étude se propose d’analyser les rapports complexes entre État de droit, démocratie cosmopolitique et intégration africaine. Elle montre que les difficultés de l’intégration africaine relèvent aussi bien d’un déficit politico-institutionnel que d’une crise de légitimité historique inhérente à la colonialité persistante des structures politiques, juridiques et épistémiques contemporaines. Aussi leur assigne-t-elle l’échéance d’une reconfiguration philosophique, sur fond d’un cosmopolitisme décolonial et pluriversel.