La problématique de la privatisation de Dieu et son rapport avec la pensée religieuse de Kierkegaard
Abstract
Il paraît difficile, voire impossible, de situer l’apparition de Dieu parmi les hommes dans le temps et l’espace. Cependant, celle-ci semble consécutive à la prise de conscience de la finitude humaine face à la nature et au besoin non seulement d’expliquer et/ou justifier tout ce qui existe, mais aussi de trouver un allié capable d’aider l’humanité dans son combat contre les phénomènes naturels menaçants. Dieu ainsi conçu comme une sorte de panacée est présent dans toutes les sociétés humaines. Si son caractère universel semble faire l’unanimité, la religion, en tant que voie d’accès à Lui, se révèle plus relative parce qu’elle est en fonction de la culture de chaque peuple. La religiosité apparaît comme étant le premier facteur déclencheur de la personnalisation ou privatisation de Dieu, car elle exprime le désir humain de s’approprier exclusivement les bénéfices de sa présence terrestre. Enrôlé dans ce processus généralisé d’appropriation religieuse individuelle et, à la différence du reste du monde qui veut faire de Dieu et de la religion des propriétés privées subjectives, c’est la foi dont il fait une affaire strictement personnelle qui intéresse Kierkegaard. L’appropriation exclusive de Dieu tant voulue par tous vise plusieurs objectifs aussi bien religieux qu’extra-religieux dont le fondement commun reste l’égoïsme humain. L’individualisation de la divinité peut induire de nombreux risques pour ses adeptes et leur entourage. Elle représente aussi un danger pour les religions qui risquent de disparaître si chacun choisissait une pratique religieuse personnelle exclusive. Mais celles-ci n’ont rien à craindre pour le moment tant qu’il y aura des fidèles qui trouveront un intérêt à se rassembler dans le cadre d’une religion instituée.