Internat des filles au Gabon (1842-1960) : dispositif de contrôle social et de construction du féminin
DOI:
https://doi.org/10.55595/afbw3q51Abstract
Cet article examine l’institution des internats pour filles au Gabon, de 1842 à 1960, en tant qu’outil de scolarisation, de régularisation sociale et de façonnage de l’identité féminine, au sein du cadre missionnaire et colonial. Il considère ces établissements non comme de simples lieux d’hébergement scolaire, mais comme des espaces d’encadrement moral, religieux et social destinés à modeler les comportements des jeunes filles. La recherche s’appuie sur une approche historique combinant archives, témoignages d’anciennes pensionnaires, ouvrages et articles scientifiques spécialisés. Cette démarche permet de confronter les normes imposées par les institutions aux expériences vécues par les internes. L’analyse montre que les internats, fondés par les missions chrétiennes dès les années 1840 puis partiellement pris en charge par l’administration coloniale à partir des années 1940, constituaient de véritables dispositifs de contrôle social. Ces dispositifs reposaient sur trois piliers complémentaires : l’isolement des jeunes filles hors de leur milieu familial d’origine, l’imposition d’une discipline quotidienne rigoureuse et la surveillance constante de leurs conduites. Elle révèle également que l’enseignement et l’organisation de la vie quotidienne diffusaient un idéal féminin conforme aux valeurs chrétiennes et aux attentes coloniales, fondé sur la piété, la modestie et la domesticité. Ainsi, l’internat féminin apparaît comme un instrument essentiel de socialisation coloniale et de reproduction durable des rapports de genre au Gabon.